Une nouvelle de moi… A lire ?

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Un homme entre dans le bar, l’œil hagard. Il s’assied à une table qui semble n’attendre que lui, lève la tête vers le comptoir et commande. Rapide, décidé, on voit qu’il a l’habitude.

Il tourne la tête vers celui qui lui fait face et reçoit la première invective.

« - T’as vu l’heure ? » Dit-il hargneusement.

Tout en détaillant le visage craquelé de rides et douloureux d’aigreur de son interlocuteur, le premier répond :

« - Ne pose pas de questions, pas aujourd’hui. »

« - Tony… »

C’est comme ça qu’on l’appelle, cet homme brun aux yeux noirs, assis dans ce café sombre et brumeux. Son vrai nom c’est Antoine, mais il pense que ça fait trop Petit Prince pour un homme comme lui. Son costume anthracite et sa chemise noire tranchent avec la population du lieu. Tout le monde connaît son parcours et l’évoque à voix basse, Tony a horreur qu’on parle de lui. Il demande :

« - Où en es-tu ? Ça avance ? »

L’homme répond un peu brusquement qu’il a travaillé sur lui-même, réussi à se détacher doucement de ce monde, de ses proches et qu’il se sent prêt. Le Petit Prince hoche la tête ; l’air compréhensif. L’autre reprend sur un ton plus plaintif, explique qu’il souffre, qu’il faut…

Leur conversation est brusquement interrompue par le serveur qui apporte la bière de l’un et le café noir de l’autre, accompagné d’un palet de dame, douceur quotidienne de Tony. Le regard noir plonge à nouveaux dans les yeux clairs de la vieillesse et de la souffrance de son interlocuteur.

Tony répond calmement.

« - Je sais ce que tu vis. J’ai fixé la date, demain tu ne souffriras plus. Ca te laisse le temps de mettre tes affaires en ordre. »

Sans laisser au vieil homme le temps de lui répondre, le grand brun s’est levé et a tourné les talons.

Le lendemain, Tony passe une petite clé d’or autour du cou du doyen. Le visage ridé quitte lentement l’atmosphère bruyante et enfumée, il sait que c’était sa dernière bière. Dans le même bistrot que la veille, la mousse et le café se font face. Ce soir, tout sera fini.

Tony s’assied, entame son traditionnel palet de dame et songe, les yeux dans le vague.

Il pense que le vieil homme sera le dernier.

Il y a longtemps, un personnage étrange l’a abordé dans la rue, lui disant qu’il avait déjà vécu le regard perdu de Tony. Il lui a dit qu’il voulait arrêter la mission qu’on lui a confié un an plus tôt.

Le grand brun écoute d’abord par curiosité puis s’intéresse véritablement à la responsabilité qu’on lui propose.

Cette tâche, au début, l’a aidé à sortir de la souffrance, à vivre la mort des autres par procuration pour échapper à sa propre douleur. Ses pensées le ramènent à la réalité ; ce café lui apparaît soudain sordide, témoin de décision tragiques et immuables effectuées dans le cadre de ce boulot fuyant.

Assis devant son café noir, il repense à cet amour de jeunesse qu’il n’a pas su conserver.

« Elle est partie » murmure t-il. Ses yeux s’emplissent de larmes. Il imagine l’enfant qui était le leur et qu’il n’a jamais vu. Sa gorge se serre, il préfère sortir. Le regard brouillé il rentre chez lui, rassemble les photos d’un voyage déjà loin dans sa mémoire, range doucement ses affaires, et s’allonge sur son lit.

Il sort de sa poche une petite clé d’or et la passe autour de son cou.

Ce soir, tout sera fini…

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3 commentaires ; participer à la conversation

  1. Marie dit